Pourquoi les fonds obligataires perdent de la valeur et ce que ça change pour les investisseurs

En 2022, plus de 80 % des fonds obligataires européens ont affiché des performances négatives, une situation rarement observée depuis plusieurs décennies. Les investisseurs habitués à considérer ces produits comme refuges ont découvert une volatilité inattendue.

La hausse rapide des taux d’intérêt a rebattu les cartes dans les portefeuilles, rendant les anciennes obligations nettement moins attrayantes face aux nouveaux titres mieux rémunérés. Résultat : des pertes réelles, et une nouvelle façon d’appréhender le risque dans cette partie du marché financier.

Pourquoi les fonds obligataires peuvent-ils perdre de l’argent ? Comprendre les mécanismes en jeu

Les fonds obligataires n’échappent pas à la mécanique du marché. À chaque remontée des taux d’intérêt, la valeur des obligations en portefeuille se dégrade. Le raisonnement est implacable : un titre ancien, faiblement rémunéré, ne fait plus le poids face aux nouvelles émissions mieux dotées. Ce principe concerne toutes les obligations, qu’elles proviennent des États ou des entreprises, et quel que soit leur niveau de qualité, du investment grade au high yield.

Prenons le cas d’un fonds exposé à des obligations de longue durée : quand la courbe des taux grimpe rapidement, la cote de ces titres plonge en bourse. L’effet se fait sentir tout de suite sur la performance des fonds obligataires, surtout si la duration du portefeuille, sa sensibilité aux taux, est élevée.

Un autre facteur vient compliquer la donne : le risque de crédit. Si une entreprise ou un État montre des signes de faiblesse, les investisseurs réclament une compensation supplémentaire. Du coup, la valeur des obligations émises par ces acteurs peut chuter de façon brutale, avec un impact direct sur la valeur liquidative des fonds obligataires concernés.

Même les fonds traditionnellement réputés stables, comme les fonds investment grade, ne sont plus à l’abri des secousses. Les performances deviennent bien plus erratiques qu’à l’époque où les taux restaient figés à des niveaux très bas.

Hausse des taux d’intérêt, inflation, risques de crédit : quels impacts concrets pour les investisseurs ?

La hausse des taux d’intérêt a frappé de plein fouet les détenteurs de fonds obligataires. Dès que les banques centrales relèvent leurs taux directeurs, les anciennes obligations perdent de la valeur. Les prix reculent, la courbe des taux se tend, et la valorisation des fonds s’effrite. Pour beaucoup d’investisseurs, voir la valeur liquidative baisser trimestre après trimestre est une expérience inédite et déstabilisante.

L’inflation vient ajouter une couche de complexité, puisqu’elle rogne le rendement réel des coupons. Même un taux affiché élevé ne suffit plus à compenser la perte de pouvoir d’achat liée à la montée des prix. Les portefeuilles centrés sur des obligations à taux fixe en font immédiatement les frais, tandis que les titres indexés sur l’inflation, minoritaires, s’en sortent un peu mieux.

À cela s’ajoute le risque de crédit, accentué par une politique monétaire plus stricte. Certains émetteurs, privés ou publics, se retrouvent fragilisés. Pour attirer des investisseurs, ils doivent proposer des rendements plus élevés, ce qui fait chuter la valeur des obligations déjà émises. Sur le marché obligataire, les épisodes de volatilité se multiplient, réveillant parfois les souvenirs de la crise financière mondiale.

Pour mieux comprendre ce qui secoue actuellement les fonds obligataires, trois facteurs principaux sont à garder en tête :

  • Hausse des taux : elle entraîne automatiquement une baisse du prix des obligations existantes.
  • Inflation : elle réduit le rendement réel perçu par l’investisseur.
  • Risque de crédit : il accroît la volatilité sur les signatures les plus fragiles.

Pour beaucoup d’épargnants, le constat est limpide : la stabilité promise par les fonds obligataires à l’époque des taux bas a laissé la place à des variations désormais marquées, parfois déroutantes pour ceux qui misaient sur la tranquillité.

Anticiper et s’adapter : comment naviguer dans un environnement obligataire incertain

Devant la multiplication des à-coups, la gestion des fonds obligataires se transforme. La gestion passive ne suffit plus : la gestion active retrouve de la vigueur. Il s’agit désormais d’ajuster la duration du portefeuille, de préférer des échéances plus courtes, ou de sélectionner des signatures réputées plus solides, comme certains investment grade à court terme.

Les stratégies se diversifient, chez les particuliers comme chez les institutionnels. En combinant obligations d’État, obligations d’entreprises, segments high yield et fonds euro au sein d’un contrat d’assurance vie, on peut amortir les chocs. Les ETF obligataires séduisent par leurs frais réduits et leur liquidité, mais ils exposent aussi directement à la volatilité du marché, sans protection si la décote s’accélère.

Pour mieux distinguer chaque solution, voici un panorama des principaux choix d’investissement obligataire et de leurs caractéristiques :

Produit Avantage Limite
Fonds euro assurance vie Protection du capital Rendement sous pression
ETF obligataire Frais réduits, liquidité Volatilité accrue
Fonds investment grade Exposition limitée au risque de défaut Sensibilité aux variations de taux

Certains conservent une vision de long terme, d’autres modulent sans cesse l’équilibre entre gestion active et gestion passive. Ce qui change aujourd’hui, c’est la nécessité d’adapter la composition du portefeuille à ces nouveaux paramètres, en restant attentif à la qualité des actifs choisis et à la possibilité de revendre facilement. Les habitudes d’hier ne suffisent plus. Désormais, il faut un regard affûté sur les mouvements du marché obligataire pour espérer tirer son épingle du jeu.

Le marché obligataire a rompu avec sa réputation de valeur sûre et prévisible. Pour les investisseurs, la donne a changé : il s’agit d’apprendre à composer avec cette instabilité, sous peine de subir de plein fouet les prochaines turbulences. Ceux qui sauront lire entre les lignes et ajuster leur cap pourront transformer les vents contraires en tremplin.

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