Un salarié du secteur privé cotise automatiquement à deux régimes de retraite distincts, aux règles parfois contradictoires. L’un relève du régime général, l’autre s’applique uniquement aux salariés du secteur privé, cadres et non-cadres confondus depuis 2019.
La fusion de certains dispositifs et l’harmonisation progressive des règles n’ont pas effacé toutes les différences de fonctionnement, de calcul ou de conditions d’accès. Des exceptions subsistent, notamment pour les périodes d’inactivité ou les carrières atypiques, qui peuvent surprendre au moment du départ.
Deux régimes incontournables pour la retraite des salariés : CNAV et Agirc-Arrco en un clin d’œil
Pour comprendre le parcours d’un salarié du privé à la retraite, il faut distinguer deux axes principaux. La CNAV, ou Caisse nationale d’assurance vieillesse, s’occupe du régime de base. Ce régime verse la pension principale, calculée à partir de la durée d’assurance et du salaire annuel moyen. Il pose le socle minimal, même quand la carrière a connu des interruptions ou des changements de rythme.
Face à ce socle, le régime complémentaire Agirc-Arrco vient renforcer le niveau de pension. Né de la fusion entre l’Agirc (spécifique aux cadres) et l’Arrco (pour tous les salariés du privé), ce régime mutualisé fonctionne sur un principe simple : chaque euro cotisé donne droit à des points. Ces points, multipliés par une valeur de service définie chaque année, déterminent le montant de la retraite complémentaire. Ce modèle, contributif et collectif, est piloté par les partenaires sociaux et s’adapte à la diversité des parcours professionnels.
Deux systèmes, deux logiques : la CNAV repose sur la validation des trimestres, l’Agirc-Arrco mise sur l’accumulation des points. Ensemble, ils garantissent une couverture solide pour tous les salariés du privé, quelle que soit la forme de leur parcours professionnel. Ce qui fait la différence entre CNAV et Agirc-Arrco ? La nature des droits acquis, les méthodes de calcul, la structure administrative : la CNAV relève de la Sécurité sociale, l’Agirc-Arrco dépend d’une gestion paritaire autonome, avec ses propres règles et son propre tempo.
À qui s’adressent-ils et comment fonctionnent-ils au quotidien ?
La CNAV concerne tous les salariés du privé, sans distinction de statut. Dès l’instant où le contrat de travail dépend du droit privé, chaque mois, une partie du salaire part en cotisations à la caisse nationale d’assurance vieillesse. Ce système touche les emplois à temps plein, à temps partiel, ou en cumul emploi-retraite. La durée d’assurance est mesurée en trimestres validés : chaque période travaillée, chaque congé maternité, chaque période de chômage indemnisée compte dans ce calcul.
Pour l’Agirc-Arrco, le principe est similaire, mais avec une mécanique différente. Tous les salariés du privé, cadres ou non, acquièrent des points grâce aux cotisations prélevées à la source. Employeur et salarié alimentent ensemble ce capital de points, qui se convertira, au moment du départ à la retraite, en droits effectifs. L’assuré n’a aucune démarche à faire : tout est automatisé via les déclarations de l’employeur.
Concrètement, comment cela s’articule ?
Voici comment les deux régimes fonctionnent, chacun à leur manière :
- La CNAV valide jusqu’à quatre trimestres par an, selon le salaire brut déclaré.
- L’Agirc-Arrco attribue chaque année des points en fonction du montant total des cotisations versées.
Le départ à l’âge légal, fixé à 64 ans pour la majorité, marque l’ouverture des droits à pension. Chaque salarié peut alors consulter son relevé de carrière, vérifier le cumul de ses trimestres et de ses points, et estimer le montant de sa future pension. Les deux régimes, parfaitement imbriqués, offrent ainsi une garantie de revenus à tous ceux qui travaillent dans le privé, quel que soit le chemin parcouru.
Ce qui distingue vraiment la CNAV de l’Agirc-Arrco : règles, calculs et droits
La CNAV s’appuie sur le principe des trimestres validés. Pour obtenir une pension complète, il faut atteindre un nombre de trimestres précis, variable selon l’année de naissance. Le calcul repose sur le salaire annuel moyen des 25 meilleures années, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale. Chaque trimestre compte. Si le total n’est pas atteint, le taux de liquidation baisse et la pension diminue d’autant.
Du côté de l’Agirc-Arrco, le système privilégie la logique des points. Les cotisations versées sont converties en points, à un taux fixé selon le barème en vigueur. Au moment du départ en retraite, le nombre total de points accumulés est multiplié par la valeur du point applicable. Ici, pas de notion de « meilleures années » : chaque période cotisée, même fragmentée, contribue à la pension. Le montant dépend donc directement du parcours professionnel et du volume de cotisations, sans effet de seuil ou de décote liée aux années non travaillées.
Pour résumer les différences concrètes entre ces deux régimes :
- CNAV : acquisition de trimestres, pension basée sur le salaire annuel moyen, possibilité de taux plein ou de réduction selon la durée de cotisation.
- Agirc-Arrco : points accumulés chaque année, pension proportionnelle au total cumulé, aucune décote liée à la sélection des meilleures années.
Les deux régimes sont indissociables : la CNAV pose la base, l’Agirc-Arrco ajuste le niveau de la pension selon le parcours et les cotisations. Deux logiques complémentaires, un objectif partagé : offrir aux salariés du privé un revenu de retraite en phase avec leur vie professionnelle.
Réformes récentes et conséquences concrètes pour votre future pension
Les dernières réformes des retraites ont bouleversé les règles du jeu pour tous les salariés du privé. L’âge légal de départ est repoussé à 64 ans, la durée d’assurance nécessaire s’allonge, et la méthode de calcul évolue : chaque paramètre vient modifier la stratégie de fin de carrière. Les régimes CNAV et Agirc-Arrco s’adaptent à ce nouveau cadre, mais chacun à sa manière.
La CNAV applique désormais ces nouvelles règles : le nombre de trimestres validés augmente progressivement, jusqu’à atteindre 43 ans de cotisation pour une retraite à taux plein. En cas de trimestres manquants, la pension est diminuée. Pour les salariés nés après 1973, impossible d’y échapper : la norme s’impose sans exception.
Pour le régime complémentaire Agirc-Arrco, la réforme se traduit par un report du départ, mais aussi par des ajustements sur la surcote et la minoration temporaire si l’assuré décide de partir dès l’ouverture des droits. La pension complémentaire subit donc à son tour les effets de la réforme. Pour les carrières mixtes, le cumul des règles entre régimes rend l’ensemble encore plus technique.
Voici les principaux changements qui impactent directement le quotidien des futurs retraités :
- Augmentation effective de la CSG et autres contributions sociales (CRDS, CASA), calculées selon le revenu fiscal de référence communiqué par la DGFIP.
- Disparition progressive de certains régimes spéciaux, touchant notamment la SNCF, la RATP, ou encore certaines professions libérales.
Les micro-entrepreneurs et ceux qui cumulent plusieurs statuts doivent rester attentifs : modifications d’assiette, nouveaux modes de calcul, impact du chiffre d’affaires annuel déclaré. Même si l’écart entre les régimes tend à se réduire, la complexité administrative demeure. Anticiper ces évolutions, c’est refuser de subir les surprises au moment du passage à la retraite. La vigilance n’a jamais autant compté.


